De demeure seigneuriale à maison religieuse
Au fil des siècles, le bâtiment a vu ses murs refléter le pouvoir, l’influence et l’engagement de l’élite trifluvienne. Après avoir appartenu aux familles Godefroy de Tonnancour, Deschenaux et à l’armée britannique, elle prend au XIXᵉ siècle un rôle central dans la vie religieuse et éducative de la ville.
En 1822, sous l’impulsion de Monseigneur Joseph-Octave Plessis, évêque de Québec, la maison est acquise au nom de la fabrique de la paroisse trifluvienne pour y installer le presbytère. À cette époque, le manoir était recouvert de bois à l’avant, témoignant des adaptations et des rénovations nécessaires pour en faire un espace d’accueil pour le clergé et les activités paroissiales. Entre 1822 et 1827, la demeure devient progressivement un symbole du rayonnement religieux dans la ville.
En 1852, Thomas Cooke devient le premier évêque de Trois-Rivières. La maison sert alors de palais épiscopal, la résidence de l’évêque. Le diocèse de Trois-Rivières s’étendait à l’époque sur un territoire couvrant également l’actuel diocèse de Sherbrooke jusqu’à la frontière américaine. Jusqu’à son décès en 1870, Cooke y administre les affaires diocésaines, faisant du manoir un centre incontournable de la vie religieuse et sociale. Son successeur, Louis-F. Richer-Lachèche, occupe la maison jusqu’en 1874, date à laquelle l’évêché est transféré dans le séminaire nouvellement construit. La demeure redevient probablement le presbytère de la paroisse.
De 1882 à 1889, la maison est occupée par les Pères Jésuites, professeurs au Grand Séminaire et desservants de l’ancienne église de l’Immaculée-Conception, donnant à la maison le nom de Maison Immaculée-Conception. Puis, elle reste inoccupée pendant 13 ans, jusqu’à l’arrivée d’une nouvelle communauté religieuse venue de France.
En 1902, les religieuses des Filles de Jésus s’installent à Trois-Rivières, à la demande de Mgr François-Xavier Cloutier, qui cherche des enseignantes pour les écoles rurales du diocèse. Issues de Bretagne, ces sœurs fondent ici leur communauté canadienne et ouvrent l’école primaire pour garçons, « Le Jardin de l’Enfance ». La maison devient leur propriété en 1959 et demeure un centre éducatif et spirituel jusqu’en 1966, date à laquelle la communauté déménage à Cap-de-la-Madeleine.
Ainsi, cette demeure urbaine, héritière de traditions seigneuriales et bourgeoises, illustre la continuité et l’adaptation du patrimoine bâti au service de la vie religieuse et éducative. Chaque transformation, du presbytère à la maison jésuite puis au foyer des Filles de Jésus, témoigne de l’importance des lieux dans la structuration sociale et spirituelle de Trois-Rivières.
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VIGNETTE - Thomas Cooke, premier évêque de Trois-Rivières
En 1852, Thomas Cooke installe son évêché dans la maison. Pendant plus de vingt ans, il en fait le centre de la vie religieuse de la ville, supervisant diocèse, paroisses et activités sociales.
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VIGNETTE - Les Filles de Jésus à Trois-Rivières
À partir de 1902, les lois françaises de laïcisation entraînent la fermeture de nombreuses écoles et forcent plusieurs communautés religieuses à s’exiler. Les Filles de Jésus, une congrégation enseignante originaire de Bretagne, choisissent alors d’ouvrir de nouvelles missions à l’étranger : en Belgique, en Grande-Bretagne, aux États-Unis...et au Canada.
Leur arrivée marque un tournant pour l’éducation dans la région : en moins de quelques décennies, les « sœurs françaises » deviennent des figures essentielles de la vie scolaire en Mauricie, de Batiscan à Saint-Alexis-des-Monts, et jusque dans plusieurs communautés acadiennes de l’Est du pays