Un carrefour : Autochtones et colons à Trois-Rivières
Au XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, Trois-Rivières devient un espace où se croisent, cohabitent et négocient plusieurs peuples autochtones et les nouveaux habitants européens. Déjà bien connu comme lieu de rencontre, le site attire des groupes variés, qu’ils soient en déplacement, en quête de nouvelles terres ou engagés dans le vaste réseau continental de la traite des fourrures.
Au tournant du XVIIIᵉ siècle, les W8banki, chassés de leurs territoires par l’expansion de la Nouvelle-Angleterre, choisissent de s’installer sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent. Ils rejoignent alors des Anishinaabe déjà établis près du fort trifluvien. Plus au nord, les Atikamekw et les Innus-aimun convergent régulièrement vers Trois-Rivières. Dès leur retour de chasse, ils dressent leurs campements afin d’y pratiquer la traite avec les habitants. Pour ces nations, le lieu demeure avant tout un espace d’échange traditionnel, reconnu depuis des générations.
Bien avant l’établissement permanent des Français, « les Trois-Rivières » sont identifiées comme un poste de traite privilégié. Dès 1598, les documents européens mentionnent le lieu sous ce nom. L’année suivante, le capitaine Pont Gravé tente de convaincre le lieutenant-général de la Nouvelle-France établi à Tadoussac, Pierre Chauvin, de remonter le fleuve jusqu’ici, soulignant que les peuples autochtones fréquentaient le site en grand nombre pour la traite. Lorsqu’en 1633 Champlain revient en Amérique, il fait de ce carrefour un point stratégique : un poste d’avant-garde afin de participer et protéger les réseaux d’échange et étendre la présence française en amont du Saint-Laurent.
L’hivernement de 1634 révèle toutefois la précarité des débuts coloniaux. Le scorbut, la faim et les intempéries déciment les premiers occupants européens. C’est grâce à l’aide d’un autochtone qui leur apprend à pêcher sous la glace, que les habitants échappent à la famine. Cette pratique reste encore aujourd’hui une tradition dans la région. C’est en 1648 que le chef anishinaabe Pachirini obtient une concession des autorités françaises, illustrant les nombreuses formes d’adaptations et de négociations propres à cette période de contacts intensifs.
Au XVIIIᵉ siècle, la ville prend forme. Entourée de palissades, d’herbe et de gabions, Trois-Rivières compte environ 110 maisons et 586 habitants au milieu du siècle. La société trifluvienne se structure : deux églises, un couvent, une petite élite qui soigne son apparence - perruques comprises - et un espace urbain encore rudimentaire où les égouts à ciel ouvert côtoient les rares latrines privées des mieux nantis.
Dans ce contexte, l’habitation coloniale n’impressionne guère les Autochtones. L’un d’eux déclare à un Français :
« Quand tu viendras là-haut avec nous, tu trouveras la terre meilleure qu’ici : tu feras au commencement une maison comme cela pour te loger… c’est-à-dire une forteresse ; puis tu feras une autre maison, un grand lieu, et alors nous ne serons plus des chiens qui couchent dehors. »
Une remarque qui révèle autant l’humour que le regard critique posé sur les choix de vie des nouveaux arrivants.
-=-=-=-=-=-=-
VIGNETTE - Le nom de Metaberoutin
La rivière que les Français appellent Saint-Maurice porte en réalité différents noms : - Tapiskwan Sipi, en en langue atikamekw nehiromowin, signifie « rivière de l’enfilée d’aiguille » - Metaberoutin, en langue anishinaabemowin, signifie « décharge du vent ». - Oquintondili, en langue wendat, signifie « rivière qui se jette dans une autre plus grosse ». - Madôbaladenitekw, en langue aln8b8dwaw8gan (langue abénaquise), « la rivière qui finit »