Les algonquiens du fleuve Saint-Laurent

Le site de Trois-Rivières était déjà un lieu fréquenté bien avant l’arrivée des Européens. À la rencontre de voies d’eau majeures, il formait un véritable carrefour où se rassemblaient des peuples autochtones pour échanger, sociabiliser et entretenir des alliances. On y troquait fourrures, cuir, viande séchée, outils, riz sauvage et autres produits du Nord contre la nacre de coquillage, la poterie, le tabac, le maïs et diverses denrées provenant du Sud. Trois-Rivières n’était pas seulement un lieu de passage : c’était un point central et un espace de rencontres devenu essentiel au fil des siècles.

Au XVIᵉ siècle, les Iroquoiens du Saint-Laurent - parfois appelés « peuple du maïs » - sont présents le long du fleuve Saint-Laurent. On pouvait les retrouver de l’embouchure du fjord du Saguenay jusqu’au début des grands lacs, soit Kingston aujourd’hui. Sur le territoire québécois actuel, deux sites sont les plus connus : Hochelaga (Montréal) et Stadaconé (Québec). À Hochelaga, environ cinquante maisons longues abritaient une communauté agricole florissante. La farine de maïs constituait un surplus vital durant l’hiver. À Stadaconé, la pêche à l’anguille, ensuite fumée pour la conservation, compensait un climat capricieux : la culture du maïs exigeant 100 jours sans gel, un défi constant à Québec. En ce qui concerne la région trifluvienne, il est mention d’un chef-lieu englobant les rives du lac Saint-Pierre : la ‘’province’’ culturelle de Maisouna.

Cependant, au début du XVIIᵉ siècle, ces populations ont disparu du corridor laurentien. Les causes demeurent débattues : guerres, épidémies et détérioration climatique sont évoquées. Le territoire n’était pourtant pas vide; il demeurait fréquenté par d’autres nations algonquiennes.

Les perceptions autochtones face aux Européens sont peu documentées, mais suffisamment pour deviner l’étonnement réciproque. Plusieurs témoignages autochtones jugent les nouveaux arrivants moins heureux qu’eux : ils ne comprennent pas pourquoi ces hommes traversent l’océan en abandonnant femme et enfants, ni pourquoi leur Dieu semble si demandant envers eux. Leurs dépendances - à la morue pêchée ici, à la chasse locale, aux vêtements achetés - les marquent particulièrement. On se moque parfois de leurs barbes et de leurs moustaches. Les Européens sont également vu comme répugnant à cause de leurs manières, leur intolérance et de leur manque de charité.

Les Français, eux, évaluent les Autochtones selon leurs propres critères : religion chrétienne, progrès technique, structures politiques. Ils décrivent surtout ce qu’ils croient « manquer » aux peuples rencontrés. L’activité missionnaire finit d’ailleurs par remettre en cause plusieurs aspects fondamentaux de la vie autochtone, notamment la place centrale des femmes, l’éducation des enfants et l’organisation des relations sociales.

Malgré ce déséquilibre culturel, les nations autochtones ne sont jamais silencieuses ni passives. Les alliances qu’ils concluent avec les Français ne se traduisent pas par des ventes de terre : ce sont des ententes d’hospitalité, limitées, renouvelables et accompagnées de présents. Les Européens, eux, les interprètent comme des cessions permanentes, ouvrant la voie à la concession de terres aux colons.

-=-=-=-=-=-=-

VIGNETTE - Deux visions agricoles et d’occupation

Les agriculteurs autochtones ne pratiquent pas l’agriculture « à l’européenne ». Pour les autorités françaises, ces terres paraissent donc « inoccupées » … alors qu’elles sont soigneusement exploitées selon un cycle agricole adapté au climat, aux sols et au maïs.

-=-=-=-=-=-=-

VIGNETTE - Des noms qui ne sont pas les leurs

Plusieurs nations autochtones portent aujourd’hui des noms donnés par d’autres :

· Hurons, nom français inspiré d’une coiffure rappelant la hure du sanglier — alors qu’ils se nomment Wendat.

· Montagnais, inspiré du relief près du Saguenay — bien qu’ils soient Innu, « êtres humains ».

· Iroquois, en langue wendat, voudrait dire « serpent noir » alors qu’eux-mêmes se nomment Haudenosaunee.

Suivant
Suivant

Un carrefour : Autochtones et colons à Trois-Rivières