
Imagine les dauphins en grève
Avec le travail de Laura Barbeau, Florence Demeules, Alexea Esperenza, Mélanie Ann Fallnbigl, Daniel Gosselin, Karen Hader, Victor Hayeur, Jérémie Jacob, Ruslan Kazimir, Thomas Leblanc-Murray, Micaëlle Lemire, Isabelle Lessard, Rachel Marcoux, Sébastien Molnar, Joël Morin-Ben Abdallah, Geneviève Rioux, Käthe Roth, Mathieu Seulement et l’équipe du programme ACIC de l’ONF.
Avec des textes de Karl Beveridge, Laurence D. Dubuc et Louis-Maxime Joly.
Peu de personnes savent qu’avant 1980, il y avait des dauphins à Montréal. S’il n’y en a plus – et qu’il n’y en aura plus jamais ‑ c’est en raison du décès de Fanny et Brigitte, deux cétacés de l’Aquarium de Montréal. Elles sont mortes de carences lors de la grève des cols bleus.L’Aquarium a été bâti pour l’Expo 67 comme pavillon de l’Alcan. Signe de progrès, le Québec se dote d’infrastructure et de bêtes de spectacles pour se positionner dans le monde. Cette ère de bâtisseurs permet à la société québécoise de transiter vers les années 1970 où, moins que tranquille, le Front commun intersyndical de 1972 aspire à des changements politiques aux centres desquels trône la figure du travailleur.Les artistes emboîtent le pas. Le Front commun des créateurs du Québec, dont le personnage le plus connu est Armand Vaillancourt, revendique que l’artiste — travailleur culturel — soit intégré par la société. Mais la rémunération pour le droit d’auteur seul ne suffit pas à leur donner ce statut.
À la fin d’une décennie d’excitation et de potentiel révolutionnaire, l’entrée dans les années 1980 marque un retour de balancier : un réalisme néolibéral. Pourtant, un mouvement résiste à l’air du temps : l’U.T.I.L., l’Union des travailleurs de l’imaginaire libre.Cette exposition fait le récit proposé de cet historique. Elle le transpose en une forme documentaire matérialisée par des fragments d’archives, des reconstitutions, des textes pamphlétaires, des objets sculpturaux et un court métrage. Elle interroge la métamorphose de la figure du travailleur — de l’ouvrier au fonctionnaire, de l’artiste au dauphin — dans un monde où la performativité remplace la valeur collective du travail.Bien que l’U.T.I.L n’ait jamais existé, il est utile de penser à l’artiste comme travailleur. Permet-il de réfléchir au travail en dehors du salariat?

Fanny Latreille
La pratique interdisciplinaire de Fanny Latreille gravite autour d’une approche documentaire de l’exposition. En déclinant sous plusieurs formes un sujet, elle matérialise une agrégation mentale par laquelle elle tente de définir le sens culturel d’une image. En général, c’est le rapport culture-histoire-politique qui motive son processus de création. Ainsi, elle a un intérêt marqué pour les manifestations culturelles et sociales qui nous mènent par-delà du temps.
Ses œuvres ont été présentées lors d’expositions individuelles et collectives ainsi que dans des programmations vidéo, au Canada et en France, notamment: l’Oeil de Poisson (Québec, QC), CEAAC (Strasbourg, FR), Galerie de l’UQAM (Montréal, QC), Centre des arts actuels Skol (Montréal, QC) et Forest City Gallery (London, ON).Son travail a été récompensé par les bourses d’excellence Omer De Serres (2012), Robert Wolfe (2013), François-Xavier-Marange (2019) et a été soutenu par le Conseil des arts et lettres du Québec et le Conseil des arts du Canada.

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