Biennale Nationale de Sculpture Contemporaine
Accumuler / Classer
Vivre, c’est accumuler des objets, qu’ils soient physiques ̶̶ des vêtements, des meubles, de la nourriture ou tout autre bien de consommation, ou encore intangibles : des informations, du savoir, des signaux, des accès, à l’image des synapses de notre système nerveux, ou de nos boites courriels. Être artiste, c’est accumuler davantage — c’est considérer et préserver des objets pour leur potentiel artistique, leur beauté ou leur étrangeté, leur capacité à être transformés ou élevés au rang d’œuvre d’art.
Pour son édition 2026, la Biennale nationale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières s’intéresse à la collecte comme acte créatif, et à la collection comme expérience spatialisée. Dans ses ramifications, cet intérêt se versera dans tout ce qui existe déjà, comme l’entendent leready-made, les objets usuels, le réel, les faits scientifiques, l’information et tout ce qui constitue notre XXIe
siècle.
Accumuler et classer force à faire des choix — garder un élément, le mettre en valeur, le soustraire d’un lot, le protéger spécifiquement, ne l’accepter qu’en présence d’un autre élément, le jeter, etc. Dans un contexte de pénurie et de surabondance, avec l’augmentation immanquable du coût de la vie et le fossé des inégalités sociales qui se creuse abruptement, le rapport aux objets et à la valeur qu’on leur confère se transforme : quelles (nouvelles) valeurs donne-t-on à tout ce qui s’accumule?
Des classements
Aux œuvres d’une exposition s’ajoute toujours l’incontournable dispositif permettant leur monstration : le système qui les organise, qui permet leur mise en espace, leur appréciation physique ou numérique, comme un environnement, du mobilier, ou sous forme de récit. L’exposition observera trois axes, trois postures face au classement : la disposition, le système, le chaos.
La disposition consiste à mettre dans un certain ordre, côte à côte, à faire cohabiter des éléments similaires et disparates, en dialogue comme un tout, une séquence cohérente, un inventaire étiolé, un univers où l’intervalle est tout aussi important que les éléments qui le constituent. À cette idée générale que nous nous faisons d’une exposition, intéressons-nous maintenant à son dispositif.
Dédié à l’uniformisation, un système se veut à la fois invisible et intrinsèquement nécessaire. Prenons l’exemple d’une bibliothèque : le nom évoque à la fois une somme de livres et un lieu qui en permet l’organisation, le classement de sa matérialité. L’un ne peut aller sans l’autre. Il en va de même pour les rayonnages d’une réserve de musée et les œuvres qu’ils contiennent. Quelle poésie émane de ces systèmes?
À l’opposé de ces postures, il y a la matière brute, le système dysfonctionnel, la disposition éclatée, incohérente : le chaos. Imaginons un lieu où rien n’est classé, où la matière déborde et empêche toute forme de cohésion normale, où une somme anarchique invente son propre langage, un monde en soi, parfaitement insaisissable malgré sa matière bien réelle. L’artiste est-il capable d’inventer le syndrome de Diogène?
Matière usuelle, matière vive
Cette nouvelle édition de la Biennale rassemblera des artistes qui collectionnent des objets de natures diverses, des objets de valeur, des objets usuels, neufs ou usagés, fabriqués ou virtuels, des rebuts et des détritus; ainsi que des artistes qui travaillent en séries, décuplant les formes de leurs œuvres par des jeux de répétitions, par des séquences ou des assemblages, autres sommes non négligeables en sculpture.
Si l’œuvre-collection est une finalité possible, il existe également tout ce que l’artiste collectionne malgré lui, ce qui s’accumule dans son atelier, dans son lieu de vie, pour nourrir son art, animer ses œuvres et ses obsessions. Qu’elle soit une œuvre ou simplement une matière à étudier, un lieu où verser sa curiosité, qu’est-ce qu’une collection ou une collecte nous permet d’apprendre, de comprendre, d’imaginer?