Biennale nationale de sculpture contemporaine

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Comité d'orientation artistique et de sélection

Toute la sculpture du 20e siècle explore de nouveaux paramètres du faire, de nouvelles stratégies et tactiques d’interventions aussi hétéroclites qu’inusitées.

 

Au début du 20e siècle, les sculpteurs favorisent l’esthétique de la ronde-bosse fondée sur une logique du savoir-faire taillant dans les volume-masse-support-substance-plein-vide un 3D monolithique, autonome et compact qui induit un devant et un autour de l’oeuvre.

 

Très tôt cependant, au cours des années, certaines pratiques se singularisent par l’élaboration d’une esthétique des matériaux misant sur l’attrait inexploré de leur texture-propriété-caractère-qualité-variété — consistance-hétérogénéité et s’articulant sur une logique physique et sensorielle du faire qui joue sur des réminiscences sensibles, des effets sensitifs directs et palpables.

 

Quelques années encore et les artistes poursuivent leur expérimentation en osant une esthétique de l’objet de toute provenance et de toute obédience, aussi bien domestique que scientifique, organique qu’industriel, végétal que manufacturé, inventant une logique de cueillette aiguisée par une vision non hiérarchisée des choses et du monde et reposant sur des opérations de collecte-accumulation-fragmentation-répétition-analogie-assemblage-bricolage.

 

Vers les années 50, toutes les limites, toutes les balises académiques de la sculpture explosent dans l’exploration d’une esthétique de l’espace bâtie sur une logique relativiste et contextuelle d’occupation d’un lieu où prévalent les rapport-positionnement-réseautage-lien-interférence ainsi qu’une dynamique interrelationnelle des éléments sculpturaux entre eux et de ceux-ci avec un lieu d’intervention. Ces dispositifs n’excluent pas en soit le travail de ronde-bosse, de matière et d’insertion d’objets, mais il en propose une réorganisation structurale dans un système spatial expérientiel qui nous invite à une déambulation haptique aussi bien mentale que physique et corporelle.

 

Le temps du vertical et de l’horizontal ouvre sur ces approches esthétiques et sur ces logiques du faire. Ici, la mesure du volume, cette troisième dimension qui toujours a caractérisé la sculpture, est remplacée par la notion de temps — le temps du faire — le temps qui passe.

Vertical/horizontal - mur/plancher - debout/couché - longitude/latitude - vivant/mort - actif/passif - élévation/élongation - instant/durée - moment/parcours - obstacle sur lequel bute le regard/étendue sur laquelle glisse le regard : tout ce qui est du vertical et de l’horizontal, mais dans le temps de passage de l’un à l’autre, dans une durée provoquant des altérations.

 

Le temps implique un intervalle producteur de variantes et d’écarts, une force agissante sur le devenir du monde. Le temps secoue les valeurs pérennes; compose avec le précaire; renverse les pôles, les axes, les directions, les positions, les coordonnées; interroge les codes établis, les règles communes et revisite les signifiés, les connotations, les dénotations, les référents. Le temps de la création renverse les assises de l’horizontalité et les poussées de la verticalité, impulse des verticalisations de l’horizontal et des horizontalisations du vertical. Le temps ébranle la perception du monde, il relativise et contextualise l’espace du vertical et de l’horizontal compris entre inertie et vertige. Le temps érode et vieillit mais aussi épanouit et régénère. Pour le créateur, le temps du faire est cette impulsion qui active les forces de transformation, qui déplace les points d’appui, les positions hiérarchiques, les clôtures frontalières et les repères coutumiers.

 

Les artistes invités et ceux sélectionnés par la BNSC oeuvrent dans cet espace du vertical et de l’horizontal traversé par le temps et leur travail incite les visiteurs à se saisir des œuvres à la lumière de cette prescription. C’est dans cet interface que les créateurs affinent leurs percepts, réfléchissent à des concepts pour construire des énoncés plastiques à la fois tributaires d’une certaine tradition de la sculpture mais aussi réfractaires, insoumis et résistants à une ankylose de la pratique par cette plongée dans l’éphémère du mouvement perpétuel de ce Temps du vertical et de l’horizontal.

 

 

Louise Paillé / Pour le comité d’orientation artistique et de sélection