Et pourtant dans le monde il y a... la grimace impolie

Ma  peinture change.  Depuis un an elle a changé, et depuis dix ans. Ce changement se passe au quotidien, imperceptible et pourtant vite tangible avec l’accumulation des réflexions et des décisions opératoires qui jalonnent ma pratique picturale.  Chaque jour je sens qu’il reste quelque chose que je n’ai pas pu exprimer tout à fait avec  les moyens de la veille, et puisque le désir de l’exprimer reste entier, je dois réactualiser mes moyens de le faire.  Aussi mes savoir-faire picturaux changent-ils constamment au gré de la nécessité de dire ce qui reste à dire.  Mais dire à propos de quoi? L’être que je suis  devenu au fil du temps passé à peindre, cet être particulier consiste à filtrer, réfléchir puis  recycler en peinture les aspects importants de la vie. Eh oui! mon action première dans le monde est de peindre, et cette action canalise tout ce qui  me touche. C’est peut-être ce  questionnement existentiel qui m’a conduite à traiter du corps. Les objets du quotidien, l’Internet, la radio, la poésie et les médias m’ont successivement fourni en thèmes ces dernières années, mais au delà des thèmes particuliers qui caractérisent chaque grande étape de ma recherche, le grand thème du rapport au monde physique, et en particulier au visuel,  permane. Dans la peinture de la dernière tranche les personnages sont  consistants, vraisemblables au premier regard, puis  un disfonctionnement apparaît : leur mimétisme  implose.   Par exemple dans  le tableau « Et pourtant dans le monde il y a la grimace impolie et c’est le problème » la jambe de gauche du personnage est traitée en volume mais la droite semble  s’aplatir comme un tissu vide.   Dans  le tableau « et pourtant dans le monde il y a des pierres de gué qui aident à traverser la vie à petits sauts » le bâton que le personnage  tient dans son dos peut être interprété comme lui traversant le corps et devenant sa garde d’épée ou son pénis.  Il ne s’agit pas d’une logique à tiers exclu, il s’agit  plutôt d’un système ouvert dans lequel l’ambiguïté sert de moteur et génère la suite.   Chaque tableau se réfère à des formes présentes dans un tableau antérieur mais resituées ou reconstextualisées dans le problème particulier qui se joue là, dans son propre espace.
Comment la position qui consiste à faire de la peinture dans le monde pourrait-elle éluder la question de savoir ce que la peinture fait  dans le monde?

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